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Samedi 29/10/2011 (page
266)
Merci Franck pour la belle histoire publiée
ci-dessous !

Bonjour,
Voilà l'histoire de ma rencontre avec Monsieur
Paudeau.
Etant gamin, nous, mes parents et mes deux frères, allions tous les
dimanches déjeuner chez ma grand-mère paternelle boulevard Raspail.
Dans la grande chambre des enfants, sur une étagère, trônaient deux goélettes
de plus d'un mètre avec leurs beauprés.
J'étais fasciné par ces bateaux magnifiques et les ai, par la suite, tous
les deux récupérés au fil des héritages et du temps.
A ce jour, j'ai fini leurs restaurations (ponts refaits car gondolés, coques
affinées, repeintes et gréements entièrement refaits pratiquement à
l'identique).
J'ai pris du temps car voulais que cela soit aussi parfait que possible.
Dans les années 70, j'avais questionné mon père sur l'origine de ces bateaux.
Il m'a appris que mon grand père les avait commandées à Mr. Paudeau dans les
années 30.
Mon père m'avait dit alors que Monsieur Paudeau était probablement décédé.
La plus grande des deux goélettes commandées par mon grand père a été offerte à
mon père et deux de ses frères (dont l'un est devenu amiral).
Mon père est décédé en 85 et ses deux frères, à ce jour, sont encore de ce
Monde.
En 89, avec mon épouse nous sommes allés un dimanche nous promener au jardin du
Luxembourg.
Nous sommes passés devant les balançoires et le kiosque de "barbes à
papa".
Nous avons entendu quelqu'un appeler une "Madame Paudeau", et cette
dame qui était appelée était la personne qui tenait le kiosque de "barbes
à papa".
J'ai alors demandé à cette dame si elle était la fille de Monsieur Paudeau, le
fabricant des petits voiliers du bassin du Luxembourg.
Elle m'a répondu qu'elle était sa femme.
Je lui ai demandé si son mari allait bien....
Elle a répondu que oui, et qu'il allait bientôt la rejoindre au Kiosque.
J'étais heureux de cette nouvelle !
Nous avons donc attendu.
Quelques minutes plus tard, nous avons alors vu venir vers nous un monsieur
habillé d'une vieille vareuse avec un casquette de pêcheur.
C'était lui.
Je me suis présenté et lui ai parlé des deux bateaux que mon grand père lui
avait commandés, dont une goélette à guibre qui est très inspiré d'un bateau
que commandait un des mes arrières-grand-pères (le capitaine Vannorbeck de
Dunkerque).
Mon grand père, Arthur Bommelaer(né à Dunkerque et issu d'une lignée de marins
Dunkerquois dont de célèbres corsaires , "monté" à Paris pour devenir
polytechnicien et ingénieur maritime), lui avait probablement amené un tableau
de la goélette "Léon Jeanne" que commandait son grand-père maternel,
tableau que nous avons toujours dans la famille.
Monsieur Paudeau était visiblement flatté (mais pas étonné) de mon intérêt pour
lui. Il était manifestement fier de ses réalisations et savait qu'il
avait de nombreux admirateurs dans le Monde (en particulier après qu'il soit
passé dans un reportage du magazine Thalassa).
Il m'a alors raconté l'histoire suivante:
Lorsqu'il recevait une commande d'un particulier, il demandait toujours si
c'était pour un usage sur bassin et lac ou pour la mer.
Un jour, il a reçu un client qui
souhaite lui passer commande d'une goélette. Il lui pose la question sur
l'usage final de ce bateau.
Le client lui demande pourquoi cette question.
Paudeau lui répond que si c'est pour un usage en mer, il taillera des voiles
plus petites.
Le client lui demande pourquoi ?
Paudeau lui répond que c'est pour ne pas perdre le bateau du fait de sa vitesse
(pas de télécommande à l'époque).
Le client lui répond qu'il est un excellent nageur et qu'il souhaite une
voilure maximale.
Quelques mois plus tard, Paudeau lui
livre son bateau selon le cahier des charges.
Le client qui vit à Calais retourne chez lui, et s'empresse de mettre son
maillot de bain et emmène son bateau à la plage.
Il se met à l'eau avec son bateau.
Le petit bateau prend son élan et part comme une flèche.
Le Calaisien, malgré ses aptitudes de nageur chevronné, ne peut le rattraper.
Plusieurs heures plus tard, de l'autre coté de la manche, un yachtman anglais
voit poindre une petite voile.
C'est celle de notre voilier Paudeau qu'il parvient à hisser à son bord.
Sur la plage arrière du petit bateau, il découvre une petite plaque en cuivre,
celle de Paudeau qui signe ainsi ses bateaux et sur laquelle figure son adresse
parisienne.
Sur cette plaque est gravé: "P.Paudeau.
Constructeur de Yacht Modèle. Vente et Réparations. 4 rue Visconti Paris
6ème".
L'anglais, très flegmatique et "grand seigneur", se rend alors à
Paris à l'adresse de Paudeau pour qu'il puisse rendre à son propriétaire son
petit voilier et commande à notre ami un bateau identique.
Voilà la belle histoire que Monsieur Paudeau m'a
contée ce jour là et que je pense devoir partager avec vous pour qu'il en reste
un trace.
En ce qui concerne les deux goélettes que j'ai récupérées de ma famille, je
n'en ai fait navigué qu'une seule dans les années 80 avec des voiles que
j'avais taillées dans du tissu spi. Je l'ai fait naviguer sur un étang. Ce jour
là il y avait peu de vent. Soudain une petite brise s'est levée et j'ai vu le
bateau prendre une petite gîte et accélérer d'une manière inattendue avec une
vague d'étrave et un sillage impressionnant.
Paudeau était une sorte de magicien des yachts en modèles réduits. Il lestait
très fortement ses bateaux et avait acquis son savoir de la mer en raison de
son passé de mousse passionné et curieux (dont il m'a parlé ce jour de
rencontre) sur les goélettes de pêche à la morue en Islande au début du 20ème
siècle.
Amicalement
FranK Bommelear
Blasons des Corsaires Bommelaer enregistrés au
Grand Armorial de Londres (trois
grenades à main du 17ème siècle ou trois sacs de matelot)

Ci-dessous les deux superbes goélettes de Franck
réalisées par Pierre Paudeau !

